Les Humeurs de Monsieur Polygraphe

samedi 17 décembre 2011

Marginal mainstream.

infréquentableBénabar s'était autoproclamé "Infréquentable". Et malheureusement, cet album l'était en effet, non par excès de sarcasme, par surcharge de vitriol, par insupportable ironie, mais... par fadeur. A sauver, probablement la chanson "Pas du tout". Les autres sont bavardes, sans relief. Fondées sur l'anaphore, leur structure même dit la panne du chanteur. Musicalement, tout ça baigne dans les rythmes mainstream et mortels des gros studios qui avalent, digèrent et recrachent de la chanson à la chaîne. Dans "Infréquentable", Bénabar ne nous raconte plus d'histoire, il crayonne quelques vagues scènes, dans des nuances de gris sale, dégoulinantes de cette guimauve des bons sentiments qui ne font pas les bonnes chansons.

C'est un talent véritable que de saisir en quelques couplets les saynètes du quotidien et qui nous piquent au vif. C'était bien vu "Les épices du souk du Caire", c'était rondement mené "Le coup du lapin". Mais là, Bénabar s'est noyé dans le sirop grenadine, et trop dilué encore. Bénabar avait bien saisi, chez Brassens, cette capacité à faire d'une chanson une petite histoire, qui prend l'auditeur par la main, et qui le promène dans un sourire complice - gaulois et lettré, fêtard et érudit. Et puis, écrire des ballades ("Paresseuse"), des complaintes bien troussées ("Le zoo de Vincennes"), des miniatures d'où s'échappent tout un monde ("Le sac à main"), cela faisait partie du charme du poète, trentenaire campé dans notre époque, croquant travers et petites hontes avec une bienveillante acidité.

Mais voilà, comme on est un artiste, comme on est estampillé "chanson à texte", on doit se réclamer de la marge, de la critique narquoise, et le piège se referme sur le bon garçon incapable de mordre."Infréquentable", la chanson, teintée d'amertume, paraît le seul texte qui sonne juste : sincère.

les bénéfices du douteEt voilà un nouveau Bénabar un peu plus fier d'être ce qu'il est : un bobo, jeune papa paumé, assumant ses côtés bon garçon et reprenant la main, musicalement, dans ses chansons. "Les râteaux" nous parle encore. Mais en fait, rien d'autre ne fonctionne. Comme si la veine se tarissait, comme si le couple trempait la plume acide dans la guimauve, même pas trop sucrée. 

Passable, comme on disait naguère.

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samedi 29 octobre 2011

Topi fan tutte.

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Les solidarités mystérieuses.

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samedi 27 août 2011

Ah, Denis...

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mardi 16 août 2011

Concertos pour piano Beethoven-Guy-Jordan

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Naïve a décidément bon goût. Après Spinosi et l'intégrale Vivaldi, après Laurence Equilbey et son splendide choeur Accentus, après les disques de Stéphane Degout, voici l'intégrale des concertos pour piano de Beethoven, dirigés par Philippe Jordan avec, au piano, François-Frédéric Guy.

Je ne suis pas véritable expert en piano ; mais il me paraît que l'interprétation de Guy se coule avec une habile alacrité dans la direction nerveuse de Jordan. D'une articulation cristalline, le jeune chef trouve dans l'orchestre philharmonique de Radio France un partenaire parfait pour cette intégrale. Aussi puissant que racé, l'orchestre donne un Beethoven extrêmement équilibré. L'école baroqueuse a fait du bien à la musique symphonique et l'a débarrassée de la pâte post-romantique dont on badigeonnait Mozart, Haydn, Beethoven, Mendelssohn, par exemple, qui leur donnait le sérieux ampoulé qu'on leur imputait parfois à tort ; et l'on rend aux partitions leur légèreté, la suavité de chaque pupitre comme la sécheresse des muscles, leurs surprises.

Pour qui voudrait découvrir un Beethoven dégraissé, voici un excellent conseil. En bonus on découvrira l'étonnant quintet pour piano et vents.

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dimanche 31 juillet 2011

Oraculo manual y arte de prudencia.

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Une saine lecture, deux fois redoublée du plaisir de la traduction de 1684, d'une longue introduction de Marc Fumaroli, et d'un appareil critique probablement exhaustif que l'on doit aux bons soins de Sylvia Roubaud. Bréviaire de tant de courtisans, manuel acide et lucide des abysses de l'âme, l'Oraculo manual promène le lecteur, avec les ornements de la langue classique, au plus noir - et au plus juste - des relations humaines. Au fil des pages,  avec cette rationalité qui se lève au XVIIe siècle, le Jésuite espagnol dissèque les ressorts les plus subtils des manoeuvres de l'homme parmi les siens : du bon usage de la reconnaissance, du mensonge, du silence, de la feinte, de la gratitude, de la pointe, de l'intérêt bien compris, etc. 

Parent tout à la fois du Loyola des Exercices spirituels, des La Rochefoucauld et des La Bruyère, Graciàn, Machiavel espagnol des hommes de cour, prend tout simplement place parmi les plus pénétrants moralistes du Grand Siècle.

 

 

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mercredi 27 juillet 2011

C'est l'été.

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Tomates russes, aubergines, petits poivrons de maraîcher, ciboulette et basilic. Et ma mère, en goguettes.

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samedi 16 juillet 2011

Lectures d'été.

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Mithridate, Idoménée.

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Récital de mélodies françaises Stéphane Degout.

 

 

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Trois jours de vendanges.

Je l’ai rencontrée un jour de vendange,
La jupe troussée et le pied mignon ;
Point de guimpe jaune et point de chignon :
L’air d’une bacchante et les yeux d’un ange.

Suspendue au bras d’un doux compagnon,
Je l’ai rencontrée aux champs d’Avignon,
Un jour de vendange.


Je l’ai rencontrée un jour de vendange.
La plaine était morne et le ciel brûlant ;
Elle marchait seule et d’un pas tremblant,
Son regard brillait d’une flamme étrange.

Je frisonne encore en me rappelant
Comme je te vis, cher fantôme blanc,
Un jour de vendange.

Je l’ai rencontrée un jour de vendange,
Et j’en rêve encore presque tous les jours.
Le cercueil était couvert en velours,
Le drap noir avait une double frange.

Les sœurs d’Avignon pleuraient tout autour…
La vigne avait trop de raisins ; l’amour
A fait la vendange.

 

Alphonse Daudet, Les Amoureuses.

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dimanche 29 mai 2011

Madeleine de Proust : Verlaine.

 

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Allégorie

Despotique, pesant, incolore, l'Eté,
Comme un roi fainéant présidant un supplice,
S'étire par l'ardeur blanche du ciel complice
Et bâille. L'homme dort loin du travail quitté.

L'alouette au matin, lasse, n'a pas chanté,
Pas un nuage, pas un souffle, rien qui plisse
Ou ride cet azur implacablement lisse
Où le silence bout dans l'immobilité.

L'âpre engourdissement a gagné les cigales
Et sur leur lit étroit de pierres inégales
Les ruisseaux à moitié taris ne sautent plus.

Une rotation incessante de moires
Lumineuses étend ses flux et ses reflux...
Des guêpes, çà et là, volent, jaunes et noires.

 

Paul Verlaine (1844-1896), in Jadis et Naguère, 1881.

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dimanche 22 mai 2011

Verbatim.

 

Voilà quelque temps que j'écume cette France d'après-guerre, lisant les Erasme et les Froissart de l'ère gaullienne ; de là, après avoir parcouru les oraisons funèbres de Malraux, Michèle Cotta m'a mené jusqu'à Mitterrand. Réédition opportune, Jacques Attali est tout sauf un naïf. Malgré la vague antipathie que je nourris pour ce garçon, qui se prend à vaticiner sur l'avenir par des causeries aussi pontifiantes que grotesques (sur LCP...), je suis ébloui par la préface magistrale qu'il a rédigée pour la réédition chez "Bouquins" des Verbatim. Et je me souviens de l'hommage bouleversant qu'étaient ses paroles au cours d'un long entretien qu'il avait accordé à l'occasion d'un énième documentaire sur les années Mitterrand.

Au jour le jour et comme Peyrefitte, il prend la dictée du pouvoir en actes, et la hauteur de vue et la pénétration politique de Mitterrand nous offrent un grand bol d'air, alors que nous stagnons dans un marigot de crapauds qui n'essaient même plus de déguiser leurs coassements.

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mardi 22 mars 2011

21-28 février.

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dimanche 13 février 2011

Le tour du jardin.

 

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C'était son quotidien.
flore_verger_poirier_fleur_3Faire un tour au jardin, le matin, pour méditer, et repérer les petits travaux à faire. Faire venir les glaieul_sauvage_visoflora_3194idées. Vers onze heures, il fallait cueillir quelques tomates, arracher une romaine, un concombre, prélever quelques poireaux ou tailler un choux en automne. Après la sieste, il descendait avec un vieux pantalon élimé, prenait un petit coussin de mousse, ses gants, le seau d'outils, et allait travailler. Planter, bêcher, râteler. Puis le soir, après le souper, un tour pour arroser. Plonger l'arrosoir dans le petit bassin en ciment, pendant que le tuyau était calé au pied des tomates. L'été, on passait prendre la fraîcheur du crépuscule, et l'humidité qui remontait de la terre chargée des odeurs des feuilles.

 

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Une longue allée centrale, probablement plus d'une trentaine de mètres, avec à gauche un gazon au fil des ans mangé par les geraniumstrèfles ou les mousses, et à droite un potager. Elle était ponctuée de grands vases d'où coulait une vigne vierge, des géraniums, des pensées.
1arumsIl y eut de grands rectangles découpés dans le gazon, où furent plantés des rosiers. Il y eut des dahlias, fleurs que je trouvais un peu étranges, mais aux pétales si doux. Au fond, pour conclure l'allée, il y eut un long buisson de glaïeuls. A droite, à côté de la souche d'un antique laurier-sauce qui avait fini par faire un rejeton vivace, une rangée d'arums que je m'amusais à arroser dans le calice, pour le simple plaisir de voir ruisseler l'eau le long de la tige.
Au fond, derrière le large sapin nain, après le grand gravier sonore, on parvenait à piquer les guignes de la voisine, dont les poiriers taillés en espaliers donnaient quelques petites poires que j'adorais manger encore un peu vertes.
narcisses_237021En revenant, on passait devant un parterre de tulipes mélangées aux narcisses et aux jonquilles, tulipesqui faisaient face à une bordée grasse et dodue de ciboulette.

Mon grand-père faisait merveilles dans les tomates, les carottes, les choux, les aubergines, les poivrons. Il s'acharnait à nous offrir des kilos de haricots-beurre, auxquels nous préférions largement les verts.

massif_capucines

dahlia_bouleVoilà quelques années, comme la madeleine de Proust, est revenu à l'adulte que je suis tout ce monde enfoui, par la seule grâce des senteurs complexes de la terre défaite d'un pot de géraniums. Depuis, je renoue avec les rempotages, les boutures, les tailles, les dédoublements, les semis.
Pour préparer le printemps, j'ai donc fêté ça en plantant jacinthes, variete_de_begonias_waxbégonias, dahlias et glaïeuls. 

 

glaieuls

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samedi 29 janvier 2011

Populaire.

Parlons d'un élu de la République.
Disons qu'il est entré récemment en politique, avec la candeur, la fougue et la naïveté de sa jeunesse, qui sont autant d'atouts à mes yeux. Ajoutons qu'il est du côté gauche du coeur politique (ce qui, plus qu'un atout, est une condition suffisante à faire naître en moi des a priori favorables) et finissons par dire que son engagement mélange encore les groupuscules prompts au happening et les causes plus classiques d'un jeune parti politique. Je n'entrerai pas plus avant dans le détail, ne souhaitant pas caractériser trop la personne au risque qu'on la reconnaisse. Ce n'est pas d'elle précisément que je veux instruire le procès, mais bien d'une frange de génération qui semble croire et véhiculer certaines naïvetés indigentes qui me consternent, de la part d'un de mes représentants.


Précautions oratoires. Mon intention n'est pas de clouer au pilori un jeune élu parce précisément qu'il est jeune, et qu'il n'est donc pas encore nanti de cette prudence rhétorique qui tanne le cuir de tous les requins expérimentés du microcosme politique. Notons, pour commencer à être méchant, qu'on peut être extrêmement expérimenté et conserver une honnêteté intellectuelle ainsi qu'une franchise de parole et d'idée assez décoiffantes, comme Eva Joly par exemple. En effet, la fraîcheur des idées ne dépend pas de la fraîcheur du teint, et jeunesse de corps ne va pas forcément de pair avec progressisme des idées. Tu l'as compris, ô insondable Lecteur, je suis irrémédiablement agacé par le contraste caricatural que l'on voudrait imposer à l'opinion et qui voudrait que les jeunes aient de bonnes idées mais peu de pouvoir et les vieux des idées rassises et beaucoup de pouvoir.
Le jeune élu dont je parle, que j'ai récemment et longuement (trop longuement ?) entendu à la radio, sous le feu nourri de questions pertinentes que lui pose un quarteron d'experts intellectuels (dont un seul est journaliste, dieux merci) a achevé de consterner ma journée, qui avait mal commencé puisque sans le réconfort matinal d'un chocolat chaud.

Notre Cincinnatus du XXI e siècle, pour entrer dans le détail des tombereaux de reproches que je veux faire pleuvoir sur lui, joue la carte du naturel, du franc-parler, de la simplicité. Il récuse, avec une feinte absence d'ostentation, les artifices des conseillers en communication, et se présente donc aux micros de stations de radio culturelles avec son prétendu bagout de jeune militant élu, preuve vivante que l'élu politique sincère et proche-des-gens n'est pas mort.
Faisant naïf pendant à un Sarkozy plus que roué, il s'avance en scène avec cette proximité affichée, cette syntaxe relâchée, ce lexique indigent, ces déclarations toutes faites auxquelles pourrait souscrire toute personnalité politique (la liberté de la Tunisie, c'est formidable, mais la démocratie est fragile ma bonne dame... il faut trouver des solutions pour sortir du nucléaire... yaka faire la paix dans le monde pour être plus heureux...), mais surtout, en tombant dans le piège tendu par le grand bourgeois de Neuilly : le piège de la vulgarité.
Il faut être redoutablement intelligent pour se permettre d'être vulgaire et accéder au pouvoir. Il faut maîtriser tous les registres. Il faut savoir sentir son auditoire, et présenter à chacun la face qui lui est aimable.
Il faut savoir doser le gros mot, l'expression vulgaire, la locution fautive, le barbarisme pertinent, le raccourci qui fait mouche et qui emporte le millier de voix supplémentaire.
Et au lieu de combattre cette perversion du personnage politique, qui dit l'état de décomposition avancée dans lequel se trouve notre ferveur démocratique et républicaine, par un surcroît de franchise élégante, d'honnêteté mesurée, de simplicité intelligente, la Gauche nous propose des analphabètes ravis de la crèche.


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J'ai eu la chance insigne de préparer les concours les plus exigeants de la méritocratie républicaine. Là, des professeurs m'ont vertement repris, parfois ridiculisé, mais surtout appris à m'exprimer. Ils m'ont accablé de bibliographies toutes plus sèches les unes que les autres : grammaire, syntaxe, linguistique, usages, règles et exceptions de l'orthographe et de l'accord des verbes pronominaux, employés avec être ou avoir et autres précisions qui interdisent ensuite dans la vie l'approximation, l'emporte-pièce, le vague, le mésusage, etc.
On ne saurait donc trop conseiller à ces jeunes gens, trentenaires souvent entrés dans la politique par le militantisme écologiste, antinucléaire, anti-bushiste, altermondialiste, voire gauchiste, de se faire une culture linguistique afin de doter d'une crédibilité fondamentale leur propos et leur engagement.
Cumuler la jeunesse, l'inexpérience de la vie en général et des institutions en particulier, la méconnaissance des rapports de force à l'oeuvre dans la société française, et l'à-peu-près verbal, la confusion langagière, les tics de parole et le vague de la pensée nous conduira sinon à encore quinze ans de Droite.

riegelAinsi, il importe d'abord de se faire une culture grammaticale, par exemple pour connaître ce que l'on appelle la valence verbale, c'est-à-dire les constructions imposées par l'usage de certains verbes ou les règles des accords de participes passés, des accords pluriels en cas de cumul, de façon à éviter les pluriels mal-t-à-propos, les fautes d'accord ou encore la mauvaise préposition au mauvais moment. Dans la France ouvrière des années 1970-1980, la popularité d'un Raymond Barre ou d'un Robert Badinter n'a jamais été entravée par la qualité de leur expression.

Etc.
Une mise au point lexicale s'impose également : la civilisation islamique n'est pas islamiste, autrement dit l'adjectif qualificatif dérivé n'est pas forcément doté du suffixe qui connote l'engagement, la tendance, le tropisme. "Primaire" n'est ni "primitif", ni "premier", ni "principal" : si le morphème consonantique de base, [pr-m], indique certes une forme de commencement, il n'est pas inutile de connaître les nuances de sens entre un "réflexe primaire" et un "réflexe premier".
La fameuse locution latine et caetera, qui signifie littéralement "et tous les autres", "tous ceux qui restent", n'est pas à égrener après un seul exemple. Il faut qu'étssétéra suive une énumération d'au moins deux ; d'une part pour un peu de logique, d'autre part pour prouver qu'on est capable de présenter plusieurs exemples pour illustrer une situation. Dire étssétéra à tout bout de champ, comme pour prouver que l'on pourrait développer son propos réduit au contraire le champ même de la parole : abuser de cette locution prouve précisément que le champ des exemples à la disposition du locuteur est plutôt réduit, assez en tout cas pour qu'il tente de l'occulter derrière une prétendue énumération, qui ne vient jamais. Etssétéra, ou l'illusion de l'abondance.

syntaxe_qsjIl faudrait posséder les éléments essentiels de la syntaxe française, notamment de l'énumération des subordonnées et de leur enchaînement pour éviter d'essayer de retomber sur ses pieds en se foulant une cheville linguistique quand on emmêle les "dire que et que et puis que, que...",
Il faudrait enfin, et une bonne fois pour toutes, se procurer le répertoire des expressions figées, répertoire certes abusivement pillé, mais un répertoire des expressions figées correctes. Avoir le coeur sur la main et non pas dans la main, laisser aller au fil de l'eau ou au fur et à mesure et non au fil et à mesure, être dans sa tour d'ivoire ou dans sa bulle, mais pas dans sa bulle d'ivoire, etc.

Bref, les élus populaires ne sont pas tenus de s'exprimer comme les adolescents forcément incultes que produit notre splendide société de consommation : la dignité même de leur mandat populaire devrait le leur interdire.

On ne représente pas les gens en étant comme eux, mais bien en faisant preuve d'exigence quant à la qualité et à la profondeur des idées que l'on défend et que l'on exprime en leur nom.

 

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Grétry, 1741-1813.

Je crains de lui parler, la nuit...
J'écoute trop tout ce qu'il dit...
Il me dit "Je vous aime", et je sens malgré moi
Je sens mon coeur qui bat, qui bat,
Je ne sais pas pourquoi.


Je ne connaissais de Grétry que cet extrait volé par Tchaikovsky, et murmuré par les vieilles chanteuses sublimes (ach, Martha Mödl...) dans la Dame de Pique.


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Le verrou, Fragonard (env. 1778) Musée du Louvre


La galanterie française, et non pas seulement la bagatelle qui trousse les jupons, mais bien cette civilisation musicale et amoureuse célébrée depuis Lully, des petits salons tendus de tapisseries de Beauvais aux opéras libertins ou maçonniques des Lumières, cette atmosphère des ambiguïtés de l'amour célébrée par Fragonard, baigne Grétry.

l_amant_jalouxEt sur le mode léger du badinage et des jeux masqués de l'amour et du hasard, il nous narre un petit quiproquo qui révèle à vif la jalousie et la duplicité des amants. Le livret pèche sans doute, et parfois, la musicalité en souffre certes. Mais les ingrédients moliéresques et marivaudiens sont là, et quelques scènes sont à retenir de cette jolie petite comédie, reprise au château de Versailles en 2009 - elle y fut créée en ce même opéra royal en 1778.

Je retiens par exemple le duo entre le barbon (merveilleuse diction !) et le jeune amant impromptu, Vincent Frederic_Antoun_origBillier et Frédéric Antoun tout-à-fait malicieux. La façon dont la conversation se tresse puis passe au duo est finement jouée.
Mais surtout, l'apparition en songe, de l'amant que se disputent secrètement les deux belles, est un charmant moment de théâtre, doublé d'un suspens musical enchanteur. La sérénade en forme de songe est très élégamment chantée ; bravo à Frédéric Antoun, dont on connaissait la vigueur, la fougue et la justesse tragique depuis Hippolyte et Aricie à Toulouse. Sa simplicité dans l'élocution font de cette vision un moment léger et profond.

Voilà sans doute un jeune ténor qui nous promet les plus belles choses, dans ce français impeccable qui est le sien, aussi bien dans les fureurs d'un amant outragé que dans les rires taquins du libertinage. Son mordant est assuré, le timbre manque peut-être un peu de franchise, de quelque chose de plus "ligné" en termes de musicalité, mais un beau ténor de tragédie lyrique ou mozartien est parmi nous. E poi, è bello, comme disent les vieilles italiennes.

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Certes, le mystérieux Grétry n'a ni les talents retors d'un Da Ponte qui tisse la duplicité orgueilleuse des amants jusque dans les plus infimes détails du théâtre, ni le génie mozartien de l'aria. Mais justement, cet entre-deux malhabile qui hésite entre le continuum et les airs cadencés nous intéresse ; il jette en effet le pont entre l'ancien monde mourant de l'opera seria et le jeune romantisme frémissant, ce premier romantisme, léger et lumineux, celui qui précède la Révolution française.

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Le petit parc, Fragonard (env. 1765) Wallace Gallery.

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dimanche 23 janvier 2011

Cahiers secrets de la Ve république.

cotta1Michèle Cotta est de ces journalistes qui ont écumé toutes les grandes rédactions que nous connaissions, à commencer par "l'Express", qui fut plus grand hebdo qu'il ne l'est, coudoyé les grands journalistes dont on a cassé le moule - Françoise Giroud, JJSS, JFK, etc. - et qui livre, avec cette écriture d'une remarquable limpidité, son témoignage professionnel sur la Ve république.
Thomas Legrand, s'il ne prend pas la grosse tête que prend Nicolas Demorand, sera l'héritier de ces journalistes de franc-parler, avec le style de sa génération.

 

A lire les trois tomes captivants de ses Cahiers, dont la lecture passionne au point qu'on ne sent pas passer le temps de ces quelque 2500 grandes pages, plusieurs phénomènes étonnent.

 

D'abord, que cette cinquième république paraît être celle des journalistes. Les rédactions sont ces ruches où passent et repassent les reporters, lourdement chargés des confidences de Mollet, de Mitterrand, de Deferre, de Pompidou, de Poher, de Chirac, de Rocard, de Mauroy, de Giscard, de Barre, de Balladur, tous ces hommes qui gravitent dans la politique au point d'en faire métier pendant cinquante ans. Une certaine lassitude peut parfois étreindre le lecteur, à constater que rien n'est nouveau sous le soleil de la Cinquième, tant du côté des animaux politiques qui manoeuvrent, très longtemps à l'avance, pour accéder au pouvoir, assumant patiences et audaces, rebondissant de leurs échecs, d'une effarante lucidité sur eux-mêmes, d'un effarant aveuglement sur les autres et parfois sur le pays, que du côté des journalistes qui ont fait les hebdos, les quotidiens, la radio, la télé d'aujourd'hui.
Quand on referme cette lecture, on est au moins sûr qu'ils ne peuvent se reprocher qu'à eux-mêmes la coupable indigence  des médias qu'ils ont enfantés, parce que ces gens se fréquentent trop à Paris, trop mal, se connaissent trop bien, et jouent trop de la relation dissymétrique qui les lie, au nom du scoop et du pouvoir. Bien que Michèle Cotta arpente la France selon les nécessités de son métier, Paris paraît ce petit réseau de salons où l'on cause pour le bien des provinces ; pourtant, qui méconnaît les spécificités régionales s'aliène une partie de l'électorat et s'aveugle sur l'état réel du pays.

 

cotta2Ensuite, que cette démocratie, dans ses campagnes et dans ses villes, est d'une singulière vigueur, alors par ses institutions, de nos jours par la rue.
La presse n'avait pas vu Mai 68 venir. Le référendum de 69 est de la part de De Gaulle un suicide politique, encouragé par Pompidou lui-même. Les affaires n'ont jamais été étouffées par le Pouvoir : de Markovic aux frégates de Taïwan, les journalistes, les indicateurs, les sources internes à l'appareil d'Etat et aux administrations, les balances, sont les vrais globules rouges de la démocratie française.
Le premier septennat de Mitterrand, particulièrement, paraît extrêmement agité, car la Droite solde ses comptes dans des guerres intestines épouvantables, qui permettent d'ailleurs à Mitterrand de faire ré-émerger la Droite nationaliste du FN ; la Droite des années 80 était aussi cauchemardesque que celle des années 2000, et la rue, cette incroyable rue française, manifestant, guerroyant, s'émeutant, s'émouvant, grèvant, conspuant, de la grande marche gaulliste de juin 68 aux grandes grèves de 1995, en passant par les lycéens contre Devaquet ou l'élection de 1981, s'exprime toujours, au nom de 1936 ou de 1789. Il paraît que le monde entier nous envie nos pavés.

Que la France aussi est un tout petit pays, qui se donne à qui le laboure, l'arpente, le parcours, serrant les louches, prenant part aux querelles de clochers, haranguant les sous-préfectures, flattant les places du marché, trinquant au zinc, cassant la croûte sur un coin de table. Mitterrand, surtout, y excella.

 

 

cotta3Enfin, parlons de l'écriture. Ces dizaines de cahiers, relus et rassemblés, constituent un témoignage majeur de grand style journalistique. Franchise des vues, exactitude et nuance du rapport, alternant précision fine des anecdotes et ellipses des commentaires. Une sorte de journal dégraissé d'éventuelles enflures, la vie qui passe sans s'appesantir, quelques explications de l'autre côté du micro ou de la "Une", qui balance mes précédentes lectures de Peyrefitte, par exemple, au même niveau de qualité littéraire.

 

 

Qui veut parler, sans jacasser, de notre histoire politique, doit lire ces cahiers. Au moins pour y lire que, dès juin 1969, Mitterrand est le premier à faire le diagnostic exact de la polarisation de la vie politique de la Ve république par l'élection présidentielle, polarisation qui doit engendrer la mort du Centre et l'émergence de l'alternance. En 1969, une incroyable vision.

 

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Photo INA ;  de gauche à droite :
Moati, Mitterrand, Badinter, Cotta, Boissonnat, Giscard d'Estaing.

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Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, 1626-1696.

pl_iadeLire les lettres de madame de Sévigné me paraissait avant hier du dernier ennui. Je ne comprenais pas l'intérêt que l'on pouvait trouver à la lecture des multiples lettres quotidiennes de cette cancanière du Roi-Soleil, qui enfilait les potins et les tendresses maternelles. Faisant confiance à la Bibliothèque de la Pléiade, j'ai acquis le premier tome de sa correspondance sur les étals virtuels des bouquinistes. Bien m'en a pris : je me repens. Le style allegro vivo m'emporte, et, pour connaître un peu la cour de Louis XIV, je me trouve en charmante compagnie et en pays de connaissance.
Marie de Rabutin, cousine de Bussy, est une archère ; qui envoie ses flêches dans toute la France, avec une célérité d'écriture, une fraîcheur de vue, une franchise de ton qui m'épatent.
A la lire, on saisit enfin le sens concret d'un mot rare : alacrité.
Voici deux extraits presque pêchés au hasard : d'abord une apostille à une lettre précédente, qui aligne les nouvelles mondaines. Pourtant, la marquise néologise, plaisante, et énumère les nouvelles financières de ses bons amis. Ensuite une lettre qui parle des lettres, qui plaisante sur le mariage, et qui finit sur une pointe de salon. Ah, Sévigné, de qui les attraits servent aux Grâces de modèle...





Vendredi au soir [3 avril 1671].

J'ai dîné en lavardinage, c'est-à-dire en bavardinage ; je n'ai jamais rien vu de pareil. Mme de Brissac ne nous a pas consolés de M. de la Rochefoucauld ni de Benserade, quoiqu'elle fût dans ses belles humeurs.
Le Roi a voulu que Mme de Longueville se raccommodât avec Mademoiselle. Elles se sont trouvées aujourd'hui aux Carmélites, et cette réconciliation s'est faite. Mademoiselle a donné cinquante mille francs à Guilloire ; nous voudrions bien qu'elle en donnât autant à Segrais. M. le marquis d'Ambres est enfin reçu à l'autre lieutenance de Roi de Guyenne, moyennant deux cent mille francs. Je ne sais si son régiment entre en paiement ; je vous le manderai.
Adieu, ma très aimable enfant ; je ne veux point vous fatiguer, il y a raison partout.



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*


A Paris, dimanche 12 avril [1671].

Je vous écris tous les jours ; c'est une joie pour moi, qui me rend très favorable à tous ceux qui me demandent des lettres. Ils veulent en avoir pour paraître devant vous, et moi, je ne demande pas mieux. Celle-ci vous sera rendue par M. de... Je veux mourir si je sais son nom, mais enfin c'est un fort honnête homme qui me paraît avoir de l'esprit, que nous avons vu ici ensemble. Son visage vous est connu ; pour moi, je n'ai pas eu l'esprit d'appliquer son nom dessus.
N'allez pas prendre patron sur mes lettres ; [ma bonne, je vous en ai écrit depuis peu d'infinies.] Je n'ai que ce plaisir. Les vôtres sont d'une grandeur qui m'étonne déjà assez ; je ne sais quand je m'ennuierai en les lisant. Si M. de Grignan, qui dit qu'on ne peut aimer les longues lettres, avait jamais eu cette pensée quand il recevait les vôtres, je présenterais requête pour vous séparer et j'irais vous ôter à lui, au lieu d'aller en Bretagne.
Je fus hier soir brouillée avec Brancas pour avoir, à ce qu'il prétend, une grossièreté sur l'amitié, que personne n'entendit et que je ne sentis pas moi-même ; c'était le couronnement du crime. Il sortit dans une de vraie colère. Ce sont des délicatesses incommodes ; je ne les ai pas pour lui, et je ne les ai que trop pour une certaine beauté que j'aime plus que ma vie, et que j'embrasse de tout mon coeur.



Marquise_de_S_vign_
Portrait par Claude Lefèbvre.



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dimanche 16 janvier 2011

Normalitude.

medium_jean_marie_le_penJe crois bien que c'est en 1995, pour le premier tour de l'élection présidentielle que, sur les tabliers des ponts et les murs des transfos EDF, nous avions vu fleurir cette affiche de Le Pen.
C'était la première fois que j'avais peur. Je passais mon bac, et je constatais que Le Pen avait pris le tournant de la normalisation. Ce gentil sourire de cadre quinquagénaire, le pull-marin chic et rassurant, la photo de famille prise dans la nature mais le bon goût du noir et blanc ; étaient abandonnés les coups de mentons, la palette bleu-blanc-rouge qui cocarde, bref le design 1970 et l'agressivité explicite du nationalisme, de la xénophobie et du racisme.
En 2002, la France déçue d'un socialisme qui avait abandonné le combat et vaguement droitière par tradition, concoctait un second tour entre la droite de papa Pompidou et la droite de grand-papa Pétain.
Au tout début de 2007, Fillon pouvait claironner que la Droite avait remporté la victoire idéologique : Sarkozy parvenait à phagocyter et digérer les idées d'une France rance, qui finit par se haïr d'être indigne d'elle-même.

Mais mon inquiétude redouble.
Marine Le Pen exerce sur les médias imbéciles la même fascination que Sarkozy aux alentours de 2005 : elle est formidable de franchise, de modernité, de jeunesse, d'habileté, de normalitude. Et chacun de s'extasier sur le fait qu'on en oublierait presque qu'elle défend les pires idées.
Précisément ; l'image fait oublier les idées. Nombreux sont ceux qui se sont fait avoir en 2007 : les médias parviendront-ils à ne pas faire prendre des vessies pour des lanternes ? Personnellement, j'en doute. Et c'est bien ce qui me rend mélancolique.


marine_le_pen

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jeudi 23 décembre 2010

Pot-au-feu minute.

J'entends déjà hurler.
Le pot-au-feu madame, ça prend des jours, ça se mitonne, ça se cocotte, ça se chaudronne, ça se mijote.
Certes ; mais je n'ai pas de leçons à recevoir, car j'ai pris mes sources. Et puis faudrait voir à pas confondre tous les ragoûts avec le cassoulet : quand c'est cuit, c'est cuit, si on surcuit, on détruit les textures et les saveurs.
Ou bien on entre dans la religion du recuit, qui est une autre vaste question.

Mes sources, disais-je.
DSC00157Mon grand Dumas d'abord, qui nous apprend que le pot-au-f' se faisait autrefois avecques du mouton, viande bien meilleur marché notamment pour les petits paysans du Sud, habitués aux petits troupeaux DSC00158de brebis. La Cuisine Ménagère, qui donne de quoi faire un ragoût pour huit, et qui mélange les tours de mains de l'osso-bucco (fariner la viande ?!) avec la simplicité légère - si, si : légère - du pot-au-feu maison. Mon vieux Reboul, qui délaye les bouillons, qui prend son temps, mais qui lui, au moins, fait fi des mesures exactes. Ma cuisine au fil des saisons, qui relègue le plat dans les kyrielles has-been, de celles qui n'ont même pas droit à la photo illustrative !
Bref : tout le monde est d'accord pour prescrire variété des viandes, jet du premier bouillon qui dégraisse les morceaux, beaucoup d'oignons pour sucrer, carotte et navet, bouquet garni, et en voiture Simone.
Voici donc le pot-au-feu minute pour les copains : de la barbaque et des légumes sous la main, un pot au feu en une heure top chrono, pour les fins de week-end déprimantes.
D'abord, vous avez coupé en gros morceaux la viande que votre boucher aura choisie pour vous - en vous donnant les os à moelle parce que vous êtes évidemment copain avec votre boucher. Vous les faites bouillir, vous dégraissez tout ça, et vous réservez, comme on dit - moi, dans une passoire au fond de l'évier. C'est pour ça que le pot-au-feu n'est pas gras, on fait partir l'excédent en tout début de recette - alors faut pas venir me casser les burettes que c'est lourd, hein.


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Ensuite, dans la cocotte vidée, vous faites rissoler de gros oignons-pomme, grossièrement coupés. Ca va vous sucrer le bouillon, une merveille.

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Vous ajoutez vos carottes et les navets : vite faits, hein, coupés en gros. Faut que ça garde de la texture, contrairement à ce qu'on croit, la cocotte conserve les textures autant que les fumets ! Et puis on n'est pas à la chinoise : en France, c'est le convive qui découpe, pas le cuisinier.

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Vous attendez tranquillement que ça commence à ressembler à des légumes saisis ; vous rajoutez en dernier le poireau, coupé en long et bien rincé longtemps sous l'eau froide pour dé-sabler le légume.

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SAM_0211Moi, avec le sacro-saint bouquet garni, j'ajoute de la sauge - et je vous emmerde - et un bouillon de boeuf, car ça sale à la perfection à mon goût. Y a des snobs qui mettent de la fleur de sel de chichiteux avec le pot-au-feu. Je peux vous garantir que ma grand-mère s'emmerdait pas à garder pour la table de la fleur de sel ; elle servait bien salé et on suçait la moelle, et basta.

Vous mouillez à hauteur. Un peu plus que la hauteur si vous raffolez du bouillon ou si vous avez de la suite dans les idées.  Vous attendez que ça bouillonne un peu, et vous reposez la viande et les osses.

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Et clic dans la cocotte, jusqu'à ce que ça fume, et ensuite, à feu doux, à votre goût selon le tendre de la viande que vous souhaitez.

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La vie de ma mère en moins d'une heure.

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